Actualités · 2026-10-17

Simplification européenne : ce qu'un groupe garde quand le seuil ne le vise plus

La directive Omnibus de février 2026 relève fortement les seuils du reporting de durabilité et réduit d'environ 80 % le nombre d'entreprises concernées. Pourquoi une structure qui n'a jamais été dans le champ ne devrait pas en conclure qu'elle n'a rien à tenir.

La directive (UE) 2026/470, dite « Omnibus I », a été adoptée le 24 février 2026 et est entrée en vigueur le 18 mars 2026. Elle relève les seuils de la directive sur le reporting de durabilité (CSRD) : une société n'entre désormais dans le champ que si elle dépasse simultanément 1 000 salariés et 450 millions d'euros de chiffre d'affaires net. Selon les analyses publiées, le périmètre passe d'environ 42 500 entreprises dans l'Union à environ 10 000 — une réduction de l'ordre de 80 %. La transposition en droit national est attendue d'ici le 19 mars 2027, et les entreprises déjà assujetties poursuivent leurs obligations dans l'intervalle (Norton Rose Fulbright, Portail RSE).

UGM-Group est très loin de ces seuils, et ne l'a jamais approché. La question qui nous intéresse n'est donc pas « sommes-nous concernés » — nous ne le sommes pas — mais une autre, plus utile : qu'est-ce qu'une petite structure retient d'un texte qui ne la vise pas ?

Un seuil qui bouge n'est pas une question qui disparaît

La tentation, à chaque mouvement de simplification, est de lire une dispense. C'est une erreur de lecture pour deux raisons. D'abord parce qu'un seuil relevé peut être abaissé : la CSRD elle-même a connu trois calendriers en quatre ans. Ensuite et surtout parce que l'obligation de publier n'est que l'enveloppe. Ce que le texte demande au fond — savoir d'où viennent ses fournisseurs, quels risques l'activité fait porter, et sur quelles données on fonde ses affirmations — reste la même question qu'une entreprise de dix personnes se pose déjà, en plus simple.

L'effet de chaîne de valeur ne passe pas par le seuil

C'est le point que la simplification ne supprime pas. Une entreprise assujettie doit documenter sa chaîne de valeur, et elle interroge donc ses fournisseurs — y compris ceux qui, pris isolément, ne relèvent d'aucune obligation. Le mécanisme est exactement celui que nous décrivions pour la cybersécurité dans notre article sur la responsabilité des dirigeants : la contrainte descend par le contrat, pas par le seuil.

L'Omnibus a d'ailleurs prévu des garde-fous sur ce point, en encadrant ce qu'une grande entreprise peut exiger de ses partenaires plus petits. Cela limite l'excès de questionnaires ; cela ne supprime pas la demande.

Ce que nous gardons, et pourquoi

Trois disciplines nous paraissent valoir indépendamment de toute obligation, parce qu'elles coûtent peu à tenir et beaucoup à reconstruire :

  • Savoir qui sont nos fournisseurs critiques et ce qui se passerait si l'un d'eux s'arrêtait. C'est la même cartographie que celle du risque de concentration, appliquée au-delà du cloud.
  • Dater et qualifier ce que nous affirmons. Une donnée publiée sans source ni date se périme en silence. Le cadre d'architecture que nous déployons dans nos filiales impose de marquer chaque constat — déclaré, observé, inféré, validé —, et nous nous y tenons y compris quand le résultat est inconfortable.
  • Garder les décisions écrites au niveau où elles sont prises. Une holding qui ne sait pas pourquoi elle a tranché il y a deux ans refait le même débat tous les ans.

Le vrai coût n'est pas le rapport

Les entreprises qui ont souffert de la CSRD ne se plaignaient pas, pour la plupart, d'écrire un document. Elles se plaignaient de devoir produire, en quelques mois, des données que personne n'avait collectées — parce que la question n'avait jamais été posée en amont. C'est la leçon transposable à notre échelle : ce qui coûte cher, ce n'est jamais le livrable, c'est l'absence de système qui le rend possible.

Une simplification réglementaire est une bonne nouvelle pour la charge administrative. Elle n'apprend rien de nouveau sur la gouvernance, et nous ne lui demandons pas de le faire.

Sources